Pourquoi tant de figuiers ?

DSC_0041A mes petites filles : Leia, Anna Livia, Margault, Fanchon, Francesca Maria.

Lorsque j’étais petit enfant, mon arrière-grand-père avait planté dans le jardin de la Navaggia deux groseilliers. Un pour mon frère et un pour moi. Chacun récoltait sur le sien. C’était disait-on, pour qu’il n’y ait pas de jaloux et pas de disputes. On a beau penser à tout, croire que l’on a tout prévu, ça ne marche jamais ainsi. Parfois, on se sent lésé à tort, vous verrez ça vous arrivera aussi. Le groseillier de mon frère était plus vigoureux et plus productif que le mien. C’était Sylvain qui récoltait le plus de fruits et ne se privait pas de me le faire savoir. J’aimais bien mon groseillier. Je passais souvent le voir même s’il était moins généreux, c’était le mien.

Ce matin, j’ai planté pour vous trois figuiers. Des figues blanches, six autres ont des figues noires, toutes d’espèces différentes. Il y a les grosses et très sucrées, je vous faisais des tartes sans mettre un gramme de sucre. Des tartes façon tatin le plus souvent, juste avec un peu de beurre, pas beaucoup. Parfois, je comblais les vides avec des raisins secs, j’ai même essayé la badiane, oui vous connaissez, l’anis étoilée. Vous l’avez sentie lorsqu’on jouait à découvrir les épices dans la cuisine de missiaù. Et puis l’autre, à côté du poulailler avec ses branches basses pour que vous puissiez vous servir sans vous hisser sur la pointe des pieds… On dirait qu’il fait des efforts, celui-là, pour vous tendre ses fruits bien plus petits que les autres, et que vous croquiez sans attendre…

Pourquoi tant de figuiers ? C’est pour vous.

Je me suis souvenu de ma grand-mère qui était chargée de récolter les figues sur le coteau tout près de notre maison actuelle. Les arbres sont envahis par les ronces et le maquis, abandonnés depuis belle lurette. Je ne les vois plus lorsque je passe tout près du verger. Grand-mère récoltait les fruits qu’elle partageait pour moitié avec le propriétaire. J’étais souvent avec elle pour grimper vers les plus inaccessibles. J’adorais jouer le singe. Comme la fourmi de la fable, minana était prévenante et pensait déjà aux récréations hivernales de ses petits-enfants. Elle mettait les figues à sécher sur une claire-voie après les avoir ébouillantées pour éliminer les mauvaises bactéries. Les guêpes en étaient friandes, attirées par le sucre qui ressortait à mesure qu’elles séchaient. Je n’avais pas peur de les chasser. J’étais habitué, assailli un jour alors que j’avais donné un coup de pied dans une vieille boîte de conserve. J’en avais une vingtaine dans les cheveux à me piquer le cuir chevelu sans économiser les coups de dard. J’avais la tête gondolée, cabossée et ce ne fut pas facile de les enlever toutes. Savez-vous avec quoi on m’a soigné ? Une vieille dame m’a versé un bol d’huile d’olive sur la tête, cette bonne huile de mon temps, fruitée, forte, puissante qui me dégoulinait sur les joues… et je m’en léchais les babines. J’en raffolais. Je devais avoir le cuir solide, c’est passé très vite, sans laisser de séquelles. Je ne me souviens même plus de la douleur. Les gens avaient mal pour moi…

Grand-mère était bonne couturière et nous confectionnait des petits sacs en tissu bariolé. Chacun avait ses couleurs. A la récré nous découvrions ce qu’elle nous avait préparé, des figues sèches et des noix, parfois des châtaignes bouillies, « i buttaccioli » avec et sans coque. Parfois une mandarine ou deux mais jamais de bonbons ni de chocolat. Ça vous fait rire ? Je vous assure que nous étions contents de partager notre quatre heures avec les copains.

Certains de vos figuiers sont encore petits comme vous. Je suis sûr que les jours de récoltes vous vous arrêterez un instant pour vous souvenir de cette histoire…

Vous tiendrez le fruit par le pédoncule et vous direz : « Ah ! Ah ! missiaù appelait cela un sycone pour nous apprendre un mot ! »

Je vous vois, le sourire aux lèvres, léger et rêveur. Continuez à sourire à la vie… les figues vous feront rêver.

Arci missiaù e minana doivent sourire aussi…

 

4 commentaires

  1. Détenir un coin de terre pour y planter des fruitiers semble universel.
    Emotion forte en lisant vos lignes. Mon père et grand père n’ont eu de cesse de faire de même. Le premier avec sa sagesse de paysan pauvre émigré à la ville, le second avec la maladresse touchante d’un citadin.
    On plante des arbres pour transmettre de la vie et du plaisir.
    On monte des murs pour protéger du froid et palisser de la vigne où viendront les guêpes.
    On sème des livres sur les étagères pour transmettre du rêve et de la sagesse.
    On noircit du papier pour semer des idées et partager ses découvertes.
    On montre du doigt, on dit « regarde » comme on tuteure un scion de l’année
    On laisse des notes au coin de pages comme on grave une date sur le tronc d’un jeune arbre pour laisser un signe aux suivants.
    On hésite à transplanter tel rejet. A quoi bon ? Puis on prend la bêche et creuse …

    Ils en font naître des idées, vos figuiers Simon. Ce dimanche matin de lecture est bien fertile. Merci.
    Bien à vous et aux vôtres.

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  2. Je n’ai encore eu bien le temps de lire.Mais,vous partez vers des souvenirs d’enfance,inoubliables et dont on ressent bien le vécu. Oui,on n’oublie pas les détails précieux et ces images qui nous ont tant marqués.les figuiers,les chàtaigners,notre récolte avec nos grand’parents,avant reprendre le retour pour la « plage »,Ste-lucie de P.Vecchio pour y passer l’hiver,Tout ça ,c’était le bonheur simple,familial,je préfére m’arréter,je l’ai déjà écrit et j’y ajoute toujours un souvenir qui tout d’ un coup arrive comme ça…..A me minana,ci pensu sempri.

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    1. Bonjour Rose-Marie.
      C’est toujours agréable de constater que ces évocations lâchées au vent du blog parviennent à toucher des personnes qu’on ne connait pas.
      C’était le but, partager des moments heureux qui n’ont rien de passéistes. Juste un clin d’œil au passé pour fleurir le présent.
      Grazia à voi di passa pà qui.
      Merci et bonne soirée.

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