Les deux gares.

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Pour raconter les choses de la vie, il suffit parfois d’un signe. Aujourd’hui, je lisais les critiques sur les enseignants, métier facile et beaucoup d’avantages, disait-on. Alors, je me suis souvenu. Voici le centième d’un parcours d’avant classe durant cinq années…
En débutant ma carrière d’enseignant dans les Yvelines, je faisais partie du lot qui devait patienter cinq ans avant d’être titularisé. Nous n’avions pas connu l’Ecole Normale, nous devions faire nos preuves sur le tas  dans des conditions souvent difficiles.
Tous les ans, nous étions condamnés à déménager au dernier moment dès que la nouvelle mutation était connue. Les moyens de transport n’étaient pas adaptés dans ce vaste département. Je me souviens d’un jour, embourbé sur un quai en réfection de la gare Montparnasse avec mon chariot plein. Je profitais d’un ticket valable pour la journée tant qu’un contrôleur ne l’avait pas poinçonné. Je faisais plusieurs voyages. Enfoncé jusqu’à mi-roues dans le sable qui devait recevoir le pavage, je n’avançais plus et la foule des voyageurs comme une fourmilière en campagne, me bousculait au passage. C’est un vol de corbeaux qui semblaient se diriger vers le sud qui me fit faire un parcours supersonique entre Paris et Lévie. Je souriais à mon quartier de la Navaggia pour me rassurer en attendant que les Huns terminent leur saccage.
Nous étions trimballés d’écoles en collèges pour des remplacements de courte et moyenne durée. Je me suis retrouvé prof de musique, alors que je n’y connaissais rien… j’ai dû faire mes gammes en même temps que les enfants avec un peu de bonheur. Un autre jour, j’étais bombardé prof d’histoire dans un collège difficile. Les élèves avaient eu raison de la titulaire en fin de carrière. Je devais présenter mon cours au conseiller pédagogique avant d’entrer dans l’arène. Certains se prenaient pour Nikita Khrouchtchev en tapant sur les tables avec leurs baskets. J’ai compris d’où venait la dépression de la pauvre dame…
Et puis, las de courir après les trains, nous envisageâmes avec mon épouse de nous fixer sur un point stratégique. Nous avions trouvé un studio très cher mais convenable dans un immeuble situé à dix mètres de la gare qui desservait le maximum de villes. Nous n’avions pas encore notre affectation mais nous étions rassurés quant aux moyens de voyager tranquille. Nous fûmes mutés aux Mureaux à l’autre bout des Yvelines. Une ville que ne desservait pas notre gare. Pendant une année nous devions quitter le studio à cinq heures du matin pour être à huit heures trente sur le lieu du travail. Nous devions parcourir deux kilomètres à pied pour rejoindre l’autre gare qui nous conduisait à celle de Saint Lazare à Paris. Nous patientions pour avoir un train pour les Mureaux et finir le parcours à pied sur deux autres kilomètres pour arriver au château de la colline de Bécheville. Le soir, la sortie était précipitée pour ne pas louper le premier train sur Paris. Un passage raté et c’étaient des heures perdues… Imaginez préparations de cours et corrections en arrivant chez nous… Nous dormions très peu.
La roue tourna sur un coup de hasard. J’avais accompagné ma femme qui devait rencontrer sa directrice dans le château qui abritait l’école. Nous fûmes accueillis par son mari qui assistait à la conversation. C’était un soir de déluge et nous étions si loin de notre studio… Le mari jusque-là silencieux, nous proposa un apéritif puis s’adressant à moi me dit : « D’où êtes-vous ? » Il me répondit en corse « Je suis d’Ajaccio et j’ai bien connu votre oncle… » Son nom à consonance continentale n’avait éveillé aucune curiosité de ce genre, je fus très surpris. Il m’annonça qu’il était le premier adjoint de la commune et qu’il se chargerait de nous trouver un logement sur place. Ce fut fait et cela nous évita une année de galère…
L’année suivante, sans surprise, nous fûmes à nouveau mutés à l’autre bout des Yvelines, nous avions un peu perdu le goût de vivre dans les trains. Il fallait tout recommencer.
L’expérience ne fut pas totalement négative car j’ai eu la chance de rencontrer et de travailler avec des inspecteurs différents. Avec bonheur, j’avais gagné leur confiance, ma voie était tracée… Je n’étais pas habitué à la vie facile et cela m’a permis de nager comme notre merle sur la photo pour enfin atteindre l’autre rive.

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