La couleuvre de Corse.

DSC_2907Couleuvre verte et jaune.
(Cliquez sur les images)

Je l’avais rencontrée un jour sur le bord du bassin le buste dressé. Juste à moins de cinquante centimètres, la petite rainette était pétrifiée. Toutes les deux semblaient poser pour un photographe invisible mais je crois que l’amphibien n’avait aucune envie de dire « Ouistiti » pour paraitre souriante sur le cliché. La couleuvre verte et jaune de nos chemins prenait également sa séance d’hypnose très au sérieux sans intention d’adresser une risette non plus. C’est la loi de la nature, la lutte pour survivre et non une pièce de théâtre qui se joue en plein air. Dans nos villages pour décrire une personne sous l’emprise de quelqu’un, on dit : « Elle est paralysée, sous influence comme la grenouille devant le serpent » (Hè paralizata come à ranochja davanti à sarpi). La démonstration en était faite devant moi.

DSC_0010Le serpent a-t-il un pouvoir hypnotique si puissant au point de rendre notre rainette totalement sans réaction ? Elle ne songe même pas à plonger dans le bassin pourtant rempli d’eau. La couleuvre est bonne nageuse aussi, et peut-être que la situation est fortement compromise dans l’herbe comme dans l’eau. Dans la nature on sait cela, c’est totalement implicite, inhérent à la rencontre entre reptile et batracien. Enfin, je pense, sinon elle aurait tenté quelque chose. Ma présence n’a rien changé au manège. Chacun restait sur ses positions. J’ai songé à filer chez moi pour attraper mon Kodak, mais la crainte que le longiligne animal en profite pour aller à l’attaque et accomplisse ce que tous les serpents font sous le soleil, j’ai préféré prendre parti pour ma grenouille. En somme, je lui portais cette sympathie pour s’être prêtée de bonne grâce à mes séances de shooting quelques jours plus tôt. Je me suis donc approché de la scène sans m’interposer vraiment, la couleuvre a tourné la tête, s’est allongée puis a glissé le long de la paroi pour disparaître dans un fourré. La grenouille a repris ses esprits et sans un geste de remerciement a plongé dans l’onde toute proche, s’éloignant de quelques coups de rames postérieures. J’ignore si elle avait déjà tout oublié, ce n’était sans doute que partie remise à plus tard, hors de ma présence.

Je ne culpabilisais pas en me disant qu’un chat aurait pu passer par là et jouer le même rôle d’intrus, à ma place. Après tout je fais partie de la nature aussi.

J’ai eu l’occasion de rencontrer par forte chaleur notre couleuvre nustrale dressée et très agressive. Généralement, elle file son chemin, mais si elle se croit menacée, elle se défend, capable d’attaquer. Certes, sa morsure est douloureuse et vous laisse un mauvais souvenir de ses dents pointues, mais elle n’a pas de crochets, ni poche à venin. Bedda e bona !

Je n’ai pas peur de l’animal. Je sais où il se cache et je me poste non loin de son gîte pour le prendre en photo car je sais qu’à la chaleur montante, il se prélassera au soleil.

DSC_2903Ce jour-là, j’étais en visite non loin du tas de pierres tout venant, posées là depuis belle lurette. Sait-on jamais ! Dame couleuvre verte et jaune, c’est son nom, bien qu’elle force plus sur le noir que sur le vert, s’était enroulée dans l’herbe haute. Elle a juste levé la tête révélant sa présence, j’aurais pu la piétiner. Je lui ai fait signe de ne pas bouger, le temps que j’aille attraper mon appareil à la maison toute proche. Elle m’a attendu et j’ai pu commencer ma séance de portraits. Oh ! Elle ne m’a pas offert des poses très originales, mais bon, je ne voulais pas être  photographe trop exigeant non plus, c’était elle la vedette. Lorsqu’elle en a eu assez, elle s’est dépliée et en quelques reptations sinueuses, elle a disparu dans le tas de pierres chaudes.

Je l’ai juste entendue ronchonner, mais à peine audible comme si elle ne voulait pas que je comprenne : « C’est pas possible, on ne peut plus se réchauffer tranquillement sous le ciel bleu… même mon voisin Simon se prend pour un touriste avec ce truc noir collé au visage. »

Non ! Je ne suis pas un touriste, je viens pour te voir, avec moi tu ne risques rien, o sarpò !

La couleuvre verte et jaune de Corse est une espèce protégée. Si vous la rencontrez, filez votre chemin, elle est chez elle et vous ne faites que passer.

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Un commentaire

  1. J’aime beaucoup cette scène champêtre, et l’humour que vous mettez Simon dans votre récit.J’avoue que j’aurai aussi pris le parti de la rainette, tout en laissant faire la nature..enfin, sans doute aurai-je fait un peu de bruit 🙂
    A la maison, nous avons vu une couleuvre se battre avec une pie..c’est drôle, parce que c’est Oural, mon chat assez imposant(main coon) qui avait mit fin à la scène.Comme quoi, même si nous sommes éloignés, la vie dans les campagnes se ressemblent.Merci Simon

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