Le zig et le zag.

Entre le zig et le zag, la vie en zigzags.

On l’imaginait facilement en noir et blanc. Dès qu’il apparaissait dans la cour de sa maison isolée, l’environnement immédiat devait décor de film réaliste italien.
La couleur s’était évadée de son univers.
Usé, fatigué de vivre, se croyant boulet pour les autres, il cherchait l’horizon et menait une vie en filigrane dans une antichambre, en attendant le grand départ.
Une vie ralentie, minimaliste et discrète.

Petru errait du matin au soir sans dire un mot, le regard perdu vers le ciel estival en imaginant les étoiles fondues dans l’azur. Des étoiles visibles la nuit seulement.
Son vieux pantalon désormais trop large marquait exagérément la forme des genoux et serrait sa taille grâce à une ficelle qui faisait fonction de ceinture. La veste bleu de chine qui ne le quittait plus depuis des années moulait tous ses défauts. Une épaule plus basse que l’autre, le dos légèrement bossu, les manches inégales et les poches béantes à force de recevoir ses mains à poings fermés.
Ses cheveux et sa barbe rivalisaient d’anarchie lui conférant un air ahuri de vieux sage tranquille dont le visage disparaissait dans des broussailles cendrées.
Il avait abandonné sa pipe dans le tiroir de sa table de nuit. Une odeur de tabac froid, fortement imprégné dans les tissus de son lit et les voiles de sa fenêtre, flottait encore dans sa chambre. On le savait ailleurs, personne ne lui adressait plus la parole pour ne pas déranger ses pensées déjà branchées sur un autre monde.

Je le regardais filer au bout du chemin, éclaboussé par les rayons du jour naissant, presque nimbé d’un halo lumineux diffusé par le contre-jour.
Petru se dandinait. Sa démarche claudicante, un coup à droite, un coup à gauche, m’invitait plutôt à penser qu’il dingdongdait.
Ses pas se calquaient sur un rythme de glas, ding, dong, ding, dong, très ralenti. Un instant, la silhouette de ma vieille tante Marie m’est apparue. Je l’imaginais dans la partie sombre et basse du clocher, tirant sur les cordes avec une souplesse dont elle avait le secret, lentement, lui jouait sa dernière musique.

De l’autre côté de la maison, comme en contraste avec son bisaïeul, non loin du poulailler, Félicette adossée au talus savourait son plaisir, les yeux fermés.
Elle faisait le plein de vie sucrée.
La fillette légèrement enrobée, dont les joues potelées soulignaient des fossettes, se délectait en cachette car sa mère lui avait déclaré la guerre des bonbons.
Elle ne perdait pas une once de plaisir en savourant sa chuchette préférée. Non pas qu’elle avait gardé un parler bébé mais parce-que son frère se moquait d’elle lorsqu’elle lui faisait signe de se taire en appliquant son index sur le nez : Chut ! Il la surnommait Chuchette.
Pour elle, à l’inverse de missiau – grand-père – , les cloches sonnaient à la volée comme un dimanche de grand-messe : ding ding ding…dondon… ding dondon dondon dondon…

Sur le chemin qui menait à Rome avant d’atteindre le paradis, une vie cherchait la fin du voyage. Derrière le poulailler, une autre vie gloussait de plaisir en écoutant le chant du coq.

L’un était à zig et l’autre à zag…

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3 commentaires

  1. Ha ha ha! On le mettra avec le texte 😉
    C’est exactement le genre de chose que j’aimerais écrire. Le rythme du contraste de ces deux vie est comme une respiration, le fond et la forme en parfaite harmonie.

    J’aime

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