Effet placebo, effet pygmalion et mensonge.

Une étude effectuée durant la première décennie du XXIe siècle, publiée dans « Le New England journal of Medecine », faisait état de l’effet placebo appliqué à des patients asthmatiques. (Pompe de bronchodilatateur, pompe placebo sans principe actif, acuponcture simulée, autre placebo, et sans traitement) Elle faisait ressortir que le « traitement » placebo n’a que très peu d’incidence sur l’évolution de la capacité respiratoire au même titre que le lot de patients non traités. Cette conclusion mise en lumière par une évaluation spirométrique témoignait de l’évolution ou non des capacités pulmonaires.

Une autre étude menée sur l’appareillage auditif faisait également ressortir l’impact sur le ressenti et non sur l’aspect objectif. Deux appareils rigoureusement identiques ont été testés sur les mêmes personnes, en présentant l’un comme « dernier cri » de la technologie et l’autre traditionnel. Les patients ont opté à 75% pour l’appareillage dit « de pointe » alors qu’il ne présentait aucune différence avec son concurrent.

Cette étude, tend à faire émerger l’idée que « l’effet placebo » n’a aucune incidence sur une maladie (elle ne combat pas le cancer ni les infections) mais sur le ressenti personnel, de la douleur par exemple. Une sorte d’effet destiné à donner un autre vécu, permettant de minimiser l’impact du mal sans le traiter. Ces chercheurs préféraient, alors, parler « d’effet contextuel » plus que d’effet placebo.

J’ai eu la chance, au tout début des années 70, de participer à la création des GAPP (Groupe d’Aide Psycho-Pédagogique) dans la région parisienne. Une structure sortie de nulle part qui se composait, théoriquement, d’un psychologue, d’un psychomotricien et d’un psychopédagogue. Une équipe ternaire qui à son origine était binaire, le plus souvent, faute de personnel qualifié. Nous essuyions les plâtres dans un univers totalement inconnu. L’idée de départ était de venir en aide aux enfants en difficulté par un dépistage précoce avec la mise en route d’une démarche adaptée, destinée à améliorer l’état scolaire de l’enfant.
Nous devions travailler à notre propre destruction c’est à dire convaincre, par notre action, que les enseignants pouvaient se passer de nous s’ils changeaient leur regard sur les enfants. C’était notre mission secrète. Si ces structures venaient à s’éteindre naturellement c’est que nous avions atteint notre objectif majeur.
Belle utopie comme souvent dans notre univers de l’Education Nationale qui ne cesse de se chercher. Les différents ministres, grands manitous et grands remanie tout, ne cessent de se faire les cornes en changeant celles du totem Ecole à chaque nouveau gouvernement. C’est sans fin et toujours sans certitude.
Les GAPP ont disparu, non pas pour avoir atteint leur but mais parce qu’ils étaient considérés comme une fonction libérale au sein de l’administration créant la zizanie entre fonctionnaires et soulignant les échecs de visées trop optimistes.
L’intention était louable mais personne n’imaginait la difficulté de la mission, d’autant que les « créateurs » de cette structure avaient voulu, en outre, une équipe triangulaire de manière à éviter le ronronnement par une sorte d’instabilité permanente du groupe. A trois, on ne s’entend jamais, on fonctionne toujours à deux contre un. Cela s’est constamment vérifié engendrant des situations hautement intenables, frisant parfois le drame.
J’ai assisté à des scènes incroyables, d’une violence inouïe entre femmes exclusivement, souvent psychologue et psychomotricienne, des histoires de pouvoir et d’indépendance, comme pour donner raison à ceux qui avaient imaginé le travail à trois, impraticable.
Cogiter sur le cas d’un enfants n’était pas de tout repos, les vues divergeaient et les objectifs aussi. C’est une des raisons qui m’a poussé à suivre les cas les plus difficiles dont personne ne voulait. Devant l’ampleur de la tâche, j’avais une paix royale mais je menais ma mission avec la plus grande conviction, la plus grande sincérité aussi, sans jamais me voiler la face.

Qu’est-ce que « l’effet Pygmalion » ?
Si l’effet placebo s’applique en médecine, science exacte à mesure que la découverte avance, l’effet Pygmalion s’exprime dans l’univers de la science humaine. La psychologie et la sociologie, voire la pédagogie sont des domaines où le subjectif tient encore une place prépondérante.

L’arrivée des GAPP dans les écoles avait créé un besoin jusque-là en sommeil. Les demandes d’aide affluaient et n’étaient pas toujours justifiées. C’était au temps où les QI florissaient. Les psychologues scolaires s’appuyaient sur les tests d’intelligence qui passaient pour être paroles d’évangile… Lorsque l’écart était faible entre QI normal et QI suspect jusqu’à la débilité légère, ils déclaraient, dans un presque mensonge, que tout était normal… qu’il suffisait d’un peu de temps pour que tout rentre dans l’ordre. Une sorte de RAS qui permettait de temporiser et de désengorger la structure très vite débordée comme si la fonction avait créé le besoin. Bien souvent, les enseignants trouvaient, avec un autre regard sur l’enfant, qu’il n’était pas si bête que ça… puisque saint QI l’avait dit. C’était l’effet pygmalion parent proche du placebo.

Mais il y a eu plus surprenant : le mensonge délibéré qui ne s’appuyait sur aucun document présentable, même falsifié. Et là je suis bien placé pour le dire puisque j’en assume totalement la paternité avec le récit qui suit.

J’avais en charge le suivi d’un enfant fort sympathique, normalement intelligent sans recourir à la psychométrie. C’était une évidence. Son seul défaut était d’être trop joyeux, trop enjoué et donc trop dérangeant aux yeux de son institutrice.
Tout se passait bien au niveau de l’apprentissage, le problème était strictement relationnel et l’enfant ne « méritait » pas un suivi personnalisé hors de sa classe. La situation était bloquée. L’enseignante faisait un rejet de cet enfant et de sa famille, des bourgeois allemands fraîchement venus en France.
On n’en sortait plus et la situation devenait dramatique.
A l’occasion d’une rencontre programmée avec l’enseignante pour faire le point sur l’état général de sa classe, j’avais demandé à mes collègues de la structure, la permission d’essayer un coup de bluff pour tenter une sortie d’impasse.
Moi-même, je ne savais pas comment j’allais procéder, j’avais sollicité carte blanche…
Tout se passait à merveille durant l’entretien avec la maîtresse et soudain, presque incidemment, j’annonçai à cette personne que je lui ferai une révélation qui allait lui faire plaisir.
Elle n’attendait plus que ça.
A la fin de la synthèse, je lui fis part d’une rencontre avec les parents de notre jeune allemand (ce qui était vrai) et que la maman m’avait dit (Ce qui était faux):
– Finalement mon fils a eu de la chance d’être dans cette classe, je pense qu’elle s’en occupe bien.

Le conflit mère/maîtresse était larvé. Lorsque j’entrevis une lueur de satisfaction dans le regard de l’enseignante, j’en profitai pour aller encore un peu plus loin. Je pensais ne pas prendre trop de risques, j’étais certain qu’elle ne chercherait pas à vérifier auprès de la maman, c’était hautement risqué tout de même…
Son soulagement était trop important pour le gâcher à nouveau.

Quelques jours plus tard, l’institutrice m’avoua que l’enfant n’était pas si bête que ça, qu’elle s’en était rendu compte et qu’il progressait bien. C’est elle qui me demanda d’arrêter l’aide et je n’ai plus entendu parler de lui. C’était normal et justifié.

Avec cet « effet perlimpinpin » qui pouvait me coûter mon poste pour faute déontologique grave, je me suis rendu compte que si toute vérité n’est pas bonne à dire, la non-vérité a parfois du bon et ne mérite pas d’être qualifiée de mensonge.
Pour écarter tout sentiment de culpabilité, je me suis persuadé qu’avec mon intervention tordue, j’avais rendu le sourire et la paix de l’âme à cette institutrice. Chacun en tira grand bénéfice sauf moi qui mis du temps à me pardonner cette embrouille risquée.

Finalement, effet placebo, effet Pygmalion, effet perlimpinpin et mensonge, c’est kif kif bourricot !

C’était il y a très longtemps, la date de péremption est largement dépassée, il y a totale prescription.

Qu’est devenu Adrien ? Sans doute un joyeux garçon 🙂

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